MOI JAZZ MAN ?

S’il est de grands timides, un peu torturés, en décalage permanent avec la logique sociale, rêveurs, à l’âme sensible, ce sont bien les musiciens de jazz.

Très centrés sur leurs vibrations intérieures ces musiciens ne prennent leurs véritables dimensions que sur scène, dans le cadre du spectacle, avec comme armes médiatiques leurs instruments de musique.

Les musiciens de Jazz ont ceci de particulier qu’ils ignorent par quelles notes de musique ils vont entamer leur discours, car il s’agit bien d’un discours adressé à leurs comparses et aux auditeurs.

Ils ignorent aussi avec quelles notes, ils vont poursuivre l’expression des sentiments qui les animent dans le moment.

On a coutume d’appeler cela de l’improvisation.

Il ne faut pas s’y tromper, leurs solos sont constellés de clichés et de traits qu’ils ont longuement répétés mais dont l’enchaînement est laissé à l’humeur du moment, humeur qui va les faire se libérer dans un ordre qui donnera tout son sens au discours musical.

Là est leur immense talent qui fait que chaque solo est différent du précédent tout en ayant utilisé des ingrédients identiques.

L’instrument est le média par lequel le musicien dialogue avec ses comparses de scène et en même temps le paravent derrière lequel il se retranche pour prodiguer une musique non écrite, support de ses états d’âme et qui doit néanmoins être reçue et décryptée par l’auditeur !

C’est un moment unique d’une relation intime partagée avec les musiciens et l‘auditoire, ou rien n’est complètement attendu.

Ce moment est couramment saisi par les photographes de spectacle.

En tant que musicien de Jazz amateur, j’ai le désir de faire « un bœuf » * avec eux, mais en utilisant l’appareil photographique comme instrument de musique.

Je lui propose une mise en scène propre au regard que j‘ai sur lui et aux impressions que m ‘a donné sa musique que j ‘ai eu soin d’ aller écouter attentivement en club.

Aussi je tiens beaucoup à ce que le musicien me révèle un peu de sa nature profonde; qu’il se désolidarise de son instrument de musique qu’il l‘envisage d’une autre manière, dérivée ou anachronique.

À mon tour de jouer avec lui, de «prendre le chorus» et avec mon boîtier photographique de rentrer dans un dialogue d’échange de sensations avec lui par l’expressivité des images.

Mes photographies insisteront sur le mouvement continu, le rendu séquentiel, l‘expression du visage.

Elles respecteront l‘unité de lieu par des fonds clairs-obscurs à l‘images des clubs de jazz ou des fond lumineux pour détacher la silhouette.

Le mouvement voudra aussi exprimer que ça balance, selon l’adage bien connu : «it don’t mean a thing if it ain’t got that swing»…

Mise en scène sur ma proposition:

  • Format carré sans recadrage.
  • Technique noir et blanc avec film à grain fin.
  • Tirage baryté traditionnel avec maquillage.

* »un bœuf » : improvisation non organisée avec des musiciens ne faisant pas partie de l ‘orchestre.